Un avocat que j’accompagne met aujourd’hui trois heures à rédiger un acte qui lui prenait trois jours. Son prix, lui, n’a pas bougé. Sur ce type de dossier, ses honoraires tournent autour de 5 000 à 10 000 € au minimum, en grande partie au résultat.
Fais le calcul. Le temps divisé par dix, le prix identique. Ce que l’IA lui fait gagner, il le garde. Tout.
De ce que je vois, il n’est pas le seul. Et personne n’en parle, parce que c’est une période très confortable pour ceux qui l’ont compris. Elle ne durera pas.
J’ai d’ailleurs hésité à écrire ce texte. Je t’explique pourquoi à la fin.
Une période rare
Les avocats qui ont adopté l’IA vivent ce que j’appelle une période de latence : le coût de production s’effondre, et les prix ne bougent pas encore. Les cabinets gardent la valeur créée. Leur marge augmente, et ils peuvent traiter plus de clients.
Pourquoi les prix ne baissent pas ? Parce que c’est très récent. Les clients ne savent pas ce que l’IA change. Et la profession garde ses tarifs, comme si tout le monde s’était mis d’accord sans se parler.
Petite précision : ça ne profite pas à tout le monde pareil. Pour que l’IA fasse en trois heures le travail de trois jours, il faut savoir quoi lui demander, quoi corriger, quelle vision donner au dossier. C’est un métier d’expérience. Les seniors sont les grands gagnants de cette période.
Elle va se refermer par le bas
Un jour, quelqu’un va utiliser ce gain pour se démarquer. Il va baisser ses prix. Puis un autre. Et la concurrence fera le reste.
Ce jour-là, le marché ne va pas baisser en bloc. Il va se découper en trois étages :
- Les dossiers standards. Simples, répétitifs, avec peu de jugement, ou un jugement qui s’industrialise. Ici, les prix vont s’effondrer. Ça deviendra des commodités, pas chères, accessibles à tout le monde. Et pour les justiciables, c’est une excellente nouvelle.
- Les dossiers de jugement. Le contentieux, l’urgence, les dossiers où il y a un enjeu vital. Ici, les prix vont tenir, parce que le jugement reste précieux et que l’IA ne le remplace pas.
- Le haut de gamme. Ici, les prix vont tenir, voire monter. Les avocats y seront plus productifs et plus précis, et la concurrence se jouera sur la qualité du rendu.
Le piège
Maintenant, mets-toi à la place d’un jeune avocat qui se lance. Il a besoin de clients, vite. Il découvre l’IA, et il voit le coup à jouer : produire plus vite que tout le monde, et casser les prix pour rafler le marché.
C’est le réflexe le plus naturel du monde. Et c’est un piège.
Parce que casser tes prix maintenant, c’est te battre pour l’étage qui va devenir presque gratuit. Tu ne prends pas d’avance. Tu accélères ta propre chute.
Il y a une exception, et elle compte : l’étage du bas sera bien gagné par quelqu’un. Mais pas par un avocat seul qui baisse ses tarifs avec ChatGPT. Par des cabinets construits pour le volume dès le départ, avec l’IA à chaque étape. C’est exactement le pari que je fais avec Hendy. Baisser ses prix n’est une stratégie que si tu es construit pour ça.
Pourquoi j’ai hésité
J’avais peur d’une chose : qu’un jeune avocat lise ce texte, se dise « les prix vont baisser, autant y aller le premier », et casse les siens. En publiant, j’aurais accéléré moi-même la fin de la période de latence.
Puis j’ai relu ce que j’écrivais. Ce texte lui dit l’inverse. Celui qui baisse ses prix sans machine ne gagne pas la course. Il se bat pour l’étage qui va devenir gratuit. Alors autant le dire.
Ce que tu en fais
Si tu es avocat et que l’IA te fait déjà gagner du temps, tu es en pleine période de latence. Profite de la marge, mais ne la dépense pas en baisse de prix. Investis-la pour monter d’étage : ton expertise, ton jugement, la qualité de ce que tu livres. C’est ce qui tiendra quand les prix du bas s’effondreront.
Si tu es builder ou investisseur, regarde l’étage du bas. Énormément de gens vont pouvoir accéder au droit pour pas cher. Celui qui construira la machine pour les servir tiendra un marché énorme.
Et quoi qu’il arrive, le temps divisé par dix ne restera pas longtemps un secret.