← Kélian Lalloué

Ce que les avocats ne disent pas sur ChatGPT

10 octobre 2026 · Read in English

Si tu as déjà eu besoin d’un avocat, ton dossier est peut-être passé par ChatGPT. Ton nom, ta situation, les détails que tu n’as racontés qu’à lui. Il ne te l’a pas dit. Et franchement, je comprends pourquoi.

Un avocat que je connais bien a découvert ChatGPT pour rédiger ses actes. Ce qui lui prenait trois jours lui prend maintenant quelques heures. Il n’a pas hésité une seconde : il a collé ses dossiers dedans, noms des clients compris. Puis un jour, il s’est renseigné, il est tombé sur les règles de sa profession, et il a arrêté net. Ses amis avocats, eux, continuent.

Alors qui a raison ? Lui, qui a tout arrêté et recommence à tout faire à la main ? Ou ses amis, qui gagnent des journées entières chaque semaine ?

Ma réponse : aucun des deux. Et pour comprendre pourquoi, il faut regarder ce que personne ne regarde dans ce débat.

Trois camps

L’IA entre dans les cabinets de façon massive, violente et rapide. Et de ce que je vois autour de moi, les avocats se rangent en trois camps :

Le premier camp est bien plus grand qu’on ne le croit. Et il ne s’en vante pas.

Il en existe un quatrième. Presque vide pour l’instant. C’est lui qui va gagner. J’y reviens.

Ce que dit vraiment la règle

Petite parenthèse, parce que même plein d’avocats se trompent là-dessus : l’IA n’est pas interdite. Le CNB a sorti son guide en mars, et en gros il dit : utilise-la si tu veux, mais tu ne mets pas les infos de tes clients dans un outil qui ne garantit pas qu’elles restent secrètes. Et ChatGPT grand public, c’est pile ça : tes données partent aux États-Unis, et selon tes réglages, elles peuvent servir à entraîner le modèle.

Sur le papier, la règle est logique. Le secret professionnel, c’est la base du métier. Mais dans la vraie vie, c’est comme demander à un comptable qui vient de découvrir Excel de continuer à tout faire à la main. Il va dire oui. Et il va ouvrir Excel dès que tu auras le dos tourné.

Est-ce que quelqu’un se fera taper sur les doigts un jour ? Honnêtement, j’en sais rien. Ce que je sais, c’est ce que je vois : la règle existe, et beaucoup la contournent.

Le vrai problème n’est pas moral

On pourrait croire que ceux qui contournent la règle sont juste des tricheurs. Je pense que c’est plus simple que ça.

Des outils pensés pour les avocats, hébergés en Europe, existent déjà. Mais ils coûtent plus cher, il faut les choisir, les installer, apprendre à s’en servir. ChatGPT, lui, est déjà là, dans le navigateur, pour une vingtaine d’euros par mois. Face à un gain de trois jours, la version propre perd. Pas parce que les avocats sont malhonnêtes. Parce que la version propre est plus compliquée.

C’est un problème de produit. Et un problème de produit, ça se règle.

La fenêtre va se refermer

Pas demain. Je pense qu’il faut compter au moins un an, peut-être deux. Mais elle va se refermer.

Les modèles sont déjà exceptionnels. Pour la majeure partie des besoins d’un cabinet, le rendu est presque parfait, et il n’y aura pas besoin de beaucoup plus. Il restera des progrès à faire sur les sujets très techniques ou très pointus. Mais pour l’essentiel, la course à l’intelligence va atteindre un plafond que plus personne ne remarquera. Les modèles européens comme Mistral, hébergés en Europe, n’en sont pas encore là. Ils vont mettre du temps à rattraper. Mais ils n’ont pas besoin d’être les meilleurs. Ils ont juste besoin d’atteindre le niveau qui suffit. Et à ce moment-là, les outils conformes deviendront aussi simples et aussi bon marché que ChatGPT.

Ce jour-là, l’excuse disparaît. Et il se passe quelque chose que personne n’anticipe.

Les vrais perdants

Logiquement, ceux qui ont contourné la règle devraient payer l’addition. C’est l’inverse.

Ils ont pris un risque, c’est vrai. Mais pendant un ou deux ans, ils ont appris. Ils savent quoi demander à l’IA, quoi corriger, comment relire. Le jour où l’outil conforme arrive, ils changent d’outil. Pas de métier.

Les vrais perdants, ce sont ceux qui ont fait les choses bien. Mon avocat, qui a tout arrêté par respect des règles, a gardé les mains propres. Seul, il aurait perdu un ou deux ans d’apprentissage. Le jour où la fenêtre se ferme, il serait reparti de zéro, face à des confrères qui ont pris de l’avance pendant qu’il attendait. Même chose pour ceux qui ne savaient même pas : ils découvrent tout le même jour, sans rien d’appris. Ici, la vertu coûte cher.

Et le quatrième camp ? Il a l’avance des premiers, sans leur risque. Ce sont les avocats qui ont appris à travailler avec l’IA sans jamais y mettre de données clients. Ils anonymisent leurs dossiers. Ils se construisent des modèles d’actes, des réflexes de relecture. Ils ont l’apprentissage de ceux qui ont contourné la règle, et les mains propres de mon avocat.

Ce qu’on construit

Mon avocat, lui, a eu de la chance : il me connaît. Avec lui, on est en train de bâtir une solution sur mesure, conforme, qui lui rend ses journées sans exposer ses clients. Et ce quatrième camp, c’est exactement ce qu’on veut ouvrir à tous les avocats chez Hendy.

Je ne vais pas faire semblant d’être neutre. Moi, personnellement, je suis all-in : toutes mes infos passent par l’IA, et je dors très bien. Mais je ne suis pas avocat : je ne suis pas tenu au secret professionnel. Toi, si. Alors on construit le meilleur des deux mondes : la puissance des meilleurs modèles, sans jamais exposer les données des clients. On n’a pas fini, mais c’est devenu une mission, et je préfère qu’on soit nombreux à la porter. Si le sujet te travaille, écris-moi sur LinkedIn : je partage volontiers ce qu’on apprend.

Ce que tu en fais

Alors, entre mon avocat et ses amis, qui avait raison ? Aucun des deux. Lui aurait perdu du temps s’il était resté seul, eux prennent un risque. Le mieux placé, c’est celui qui apprend sans rien risquer.

Si tu es avocat, tu as un an, peut-être deux. C’est largement assez pour te construire une méthode, à condition de commencer maintenant. Pour les données de tes clients, c’est toi qui décides : prends le risque en connaissance de cause, ou apprends à t’en passer.

Si tu es builder ou investisseur, regarde bien ce qui se passe ici. Toute une profession contourne une règle parce que la version propre est encore trop chère et trop compliquée. Celui qui la rendra aussi simple que ChatGPT aura un marché entier qui l’attend.

Et quand la fenêtre se refermera, ceux qui auront appris pendant qu’elle était ouverte n’auront rien à rattraper.